Le plan vélo métropolitain 2019-2024 prévoyait, comme objectifs principaux :
- 7 pistes cyclables dans Marseille pour un total de 107 km (chiffre initial ayant évolué ensuite)
- 7 pistes cyclables en dehors de Marseille pour un total de 114 km (idem)
- des services de location de vélo
- des efforts pour le stationnement
- des dispositifs contre le vol de vélo
L’année 2024 étant échue, la chambre régionale de compte (CRC) a choisi ce plan comme terrain d’enquête et son rapport est en ligne : https://www.ccomptes.fr/fr/publications/metropole-aix-marseille-provence-enquete-sur-la-mise-en-oeuvre-du-plan-velo
Vous pouvez aussi le télécharger ci-dessous :
Globalement :
- les pistes marseillaises ont avancé : 38 km ont été réalisés sur 107 prévus, soit 36% env. Les pistes de la Canebière et de la Corniche Kennedy font partie de ces réalisations. C’est peu et le rapport pointe entre autre le fait que la métropole marseillaise a beaucoup moins que d’autres métropoles françaises profité de la crise du COVID-19 pour mettre en place des pistes (les « coronapistes »). La qualité des pistes est de plus souvent mauvaise (réalisées sur trottoir) à part quelques exceptions comme la Corniche Kennedy.
- les pistes hors Marseille n’ont presque pas avancé, et leur tracé n’est même pas arrêté (pas de plan officiel). Des aménagement ont néanmoins été faits, mais sous maîtrise d’ouvrage du conseil départemental et non de la Métropole. Ces aménagements représentent seulement 13,6% du linéaire prévu. Mais le rapport ne précise pas où ont été réalisés ces pistes. Les pistes hors Marseille sont le gros flop du plan vélo 2019-2024. Je ne pense pas qu’il y en ait sur notre territoire mais ce n’est juste pas vérifiable.
- Le stationnement est plutôt considéré comme une réussite, il est vrai que les « containers à vélos » (un terme que j’utilise mais pas le rapport) ont été multipliés sur les « pôles d’échange ». De notre expérience, ces containers ne sont pourtant pas si utilisés que ça. Le stationnement non sécurisé (les arceaux à vélo) n’est guère traité, la CRC n’ayant reçu les chiffres que pour Marseille.
- L’offre de location vélo (le Vélo, Vélo+) fonctionne, mais pas sans reproches. Le vélo en libre service concerne surtout le sud de Marseille et l’offre de VAE longue durée (qui concerne en théorie toute la Métropole et donc notre territoire, mais en pratique surtout Marseille, Aix et la Ciotat) est jugée sous-dimensionnée. De plus le service proposé par le concessionnaire des vélos en libre service n’a pas eu la disponibilité attendue, mais des pénalités ne semblent pas avoir été appliquées à hauteur de ce que le contrat prévoyait…
- Je mentionne à dessein la lutte contre le vol, car la prestation de marquage antivol que RAMDAM (la fédération que notre association a fondé avec les autres association de promotion du vélo comme mode de déplacement du territoire métropolitain) a effectué une année est citée (le dispositif n’a pas été reconduit, car les vélos sont désormais vendus marqués et… la demande a faibli)
J’ai particulièrement aimé
- que le baromètre des villes cyclables soit souvent cité. Cette enquête de la FUB (notre fédération nationale) est devenu un indicateur reconnu
- les quelques comparaisons avec d’autres métropoles (Strasbourg, Bordeaux, Lyon…) qui montrent le retard de notre métropole. Même si notre métropole AMP, beaucoup plus étendue, parfois plus jeune et qui part de plus bas, a des circonstances atténuantes, elles ne peuvent expliquer tout le retard.
- que les maigres relations avec les associations n’aient pas été oubliées :
Au delà de la question des subventions, les associations consultées estiment l’être sans disposer de toute l’information nécessaire à leur information (cartographie des aménagements, par exemple), lorsque les projets sont déjà avancés, voire validés. Du fait de cette consultation tardive, leurs observations sont peu voire non prises en compte.
- Dans les cause de l’échec, le rapport pointe des problème de méthodes et d’organisation : les objectifs du plan n’avaient pas été chiffrés et la répartition entre les différentes parties prenantes d’autant moins faite. Ce travail préliminaire non effectué a largement du bloquer la réalisation. Il semble qu’il n’y avait guère de suivi budgétaire non plus, les informations que la CRC ayant reçues semblant avoir été assez désordonnées
Les constats de déficience ou d’échec du rapport mènent la CRC à 4 recommandations que je reproduis ci-dessous :
1 – Mettre en place un outil de suivi cartographique de l’avancée des travaux du schéma directeur des mobilités actives, volet vélo, aussi bien pour ses propres besoins que pour la bonne information du public 2 – S’appuyer sur l’identification des points sensibles, dont ceux accidentogènes, pour définir les aménagements permettant d’augmenter la sécurité et la fluidité des déplacements et programmer leur réalisation 3 – Préciser et mettre en œuvre des critères chiffrés de qualité des aménagements cyclables, en rapport avec les préconisations du CEREMA, en privilégiant les pistes continues, sécurisées et d’une largeur confortable 4 – Se doter d’outils de suivi opérationnels et financiers exhaustifs et détaillés par action permettant le suivi et l’évaluation du futur schéma directeur des modes actifs
En conclusion :
Un rapport accablant sur un plan vélo largement raté, en particulier sur la réalisation des pistes, et en particulier hors Marseille… ce qui nous concerne particulièrement.
Je conseille la lecture de ce rapport à toutes les associations comme la notre de lire, particulièrement à nos bénévoles qui sont en contact avec des acteurs de la métropole, ou en contact avec des élus qui sont ou seront en contact avec des élus locaux qui seront en contact avec la métropole pour faire progresser le vélo.
Concrètement, ma version annotée de ce rapport sera disponible à l’atelier d’Istres.
PS : le cas particulier d’Istres
Sur la période 2019-2024, Istres a été dotée de 3 pistes cyclables urbaines (celle-ci, cette autre, et encore celle-là). De mémoire la métropole les a largement financées. Pourtant il n’en est aucunement question dans le rapport. Peut-être dans la partie « 2.1.2.d le réseau secondaire hors Marseille » (p 16) qui indique « sur le seul territoire de sa compétence voirie, les aménagements réalisés par la métropole hors Marseille entre 2019 et 2024 s’élèvent à 20.3 km de linéaires, tous types d’aménagements confondus ». Mais cinq pages plus loin (p 21) il est indiqué « aucun giratoire n’est, à ce jour, équipé d’un aménagement cyclable sécurisé. Or, rien que sur l’avenue de Radolfzell, il y en a 3…
Ce point me semble emblématique : M Bernardini (l’ancien maire d’Istres, battu en mars dernier) connaissait les projets de la métropole et notamment les liaisons Istres-Miramas et Istres-Fos qui faisaient partie du plan vélo 2019-2024. Mais il a préféré des pistes dans sa ville, et a sans doute pris une partie du budget du plan vélo pour des pistes qui n’en faisaient pas partie. La métropole a peut-être été heureuse de financer un projet ficelé (un bureau d’étude a fait un beau dossier). Mais si elle a financé ces pistes au détriment de pistes qui étaient plus prioritaires vis à vis du plan, c’est un dysfonctionnement de plus de la métropole vis à vis du plan vélo.
Pour la liaison avec Fos, ses mauvaises relation avec le maire ont sans doute bloqué. Les deux municipalités ayant changé, on peut espérer que la liaison Istres-Fos avance enfin. Rappelons que nous l’avions identifiée comme prioritaire dès la création de notre association en 2013…