Fin juin et début juillet (2026) ont eu lieu des séances du débat public du projet de liaison Salon-Fos. Le projet a à la fois avancé et reculé :
- avancé parce que le tracé semble défini, qu’on en est à détailler les échangeurs et qu’un budget précis est annoncé : 566 millions d’euros ;
- reculé parce que le manque d’argent des pouvoirs publics impose de passer par le privé. La « solution » présentée pour parer ce manque serait d’imposer cette construction dans le contrat de renouvellement des concessions autoroutières des sociétés Escota et ASF (deux sociétés du groupe Vinci), ce qui repousse le tout à 2032 pour la première des concession, ou 2036 pour la seconde. Un tel montage nécessite que la nouvelle liaison soit déclarée d’utilité publique.
Le projet de doublement de la liaison routière Salon-Fos actuellement imaginé par la DREAL, avec ses parties à péage, est présenté rapidement en annexe en fin d’article.
Une logique géographique voudrait que ce chantier soit plutôt intégré à la concession actuellement détenue par ASF, et donc ce serait pour 2036 (même si la logique ne sera sans doute pas le seul critère de décision dans ce dossier). Ce délai est largement suffisant pour imaginer une alternative et la mettre en place.
La pertinence à mettre en place une alternative
Officiellement, le délai qui nous séparer de 2032 ou 2036 sert à finaliser les études… et surtout à mettre en place la déclaration d’utilité publique (DUP) qui est considérée comme indispensable au maître d’ouvrage (la DREAL, c’est à dire l’État). Elle l’est sans doute effectivement dans le montage prévu, car on n’imagine pas le privé investir 500 M€ dans un projet qui pourrait être bloqués par des recours juridiques. De leur point de vue, tout doit être clair de ce côté-là avant l’intégration à la concession autoroutière.
Si l’utilité publique et le caractère indispensable de cette liaison 2×2 voies entre Salon et Fos sont clairs pour quelques acteurs (le GPMM et certains habitants de Fos, pour l’essentiel), ils ne l’ont jamais été pour nous et pour beaucoup d’autres citoyens. Croire qu’on va régler les bouchons en élargissant les routes est une pensée qui semblait de bon sens dans les années 1970, mais que l’expérience a battu en brèche. On attire en général plus de trafic, et les bouchons persistent, voire empirent.
Le GPMM table sur un accroissement de son trafic de marchandises. En tant qu’écologiste, nous ne pensons pas que l’importation de produits neufs venus de l’autre bout de la planète, mauvaise habitude très récente, puisse durer encore longtemps. Le pétrole ou les métaux sont de plus en plus difficiles à extraire (on exploite des filons de moins en moins riches et plus compliqués techniquement, la limite de rentabilité semble proche), et la France et même l’Europe vit de plus en plus à crédit (la dette publique et privée s’accroissent). Notre civilisation industrielle extractiviste semble à bout de souffle. De plus le réchauffement climatique semble s’emballer : les crises alimentaires ou de l’eau ne devraient pas tarder. Les discours de croissance économique des économistes et des politiques mainstream nous semblent d’un aveuglement rare.
Bref, nous pensons que le trafic de camions, actuellement élevé, non seulement ne croîtra pas mais décroîtra dans un avenir assez proche. Pas plus que la voiture, il ne mérite pas le passage en 2×2 voies de la route actuelle. On peut aussi (et doit) pour le limiter travailler sur le ferroutage et le trafic fluvial, qui ne sont pas étudiés dans cet article.
Mais qui peut prétendre connaître l’avenir ? Pas nous sans doute, mais pas plus la DREAL ou le GPMM.
Mais que le trafic s’accroisse ou régresse, on a le temps d’explorer des alternatives. et de notre point de vue, surtout celles de la réduction volontariste du trafic routier. Le délai de 2032 ou 2036 nous laisse un bon délai pour explorer quelques pistes en ce sens, et qu’il faut le faire. A la fin de la réunion du 8 juillet à Fos (à laquelle j’ai assisté avec Jean-Luc Hanrard et Frédéric Serres de RAMDAM – ADAVA), la responsable du bon déroulement du débat public a noté dans sa conclusion de la séance une demande du public pour un débat sur la mobilité dans le territoire, qui dépassait la séance, voire le projet. Une telle reconnaissance est presque une invitation pour les alternatives.
Concrètement, comment réduire le trafic routier, notamment des voitures ?
Actuellement il y a des bouchons le matin et le soir. Les camions ne sont pas plus fréquents à ces heures. Ce sont donc les voitures qui créent ces bouchons, et notamment l’autosolisme. Il nous semble urgent d’agir sur ce point ;
Transformer les plus ronds-points actuels de la liaison en hubs de covoiturage et transports en commun
- le développement du covoiturage, ou des transports en commun routier (car), est relativement facile à mettre en place. Si on le fait bien, il peuvent permettre de limiter le nombre de voiture sur la route actuelle ;
- le covoiturage et les transports en communs ne sont d’ailleurs pas en concurrence mais complémentaires pour la souplesse : les gens n’habitent pas forcément près des arrêts de car. Ils peuvent mixer en prenant leur voiture jusqu’à l’arrêt, ce qui peut réduire leur kilométrage ;
- il peuvent aussi, s’ils n’habitent pas très loin, venir à ces hubs à vélo ;
- il suffit donc pour cela, de réaliser de grands parkings près des ronds-points, pour les vélos, les voitures et les arrêts de bus
Développer une application de covoiturage local
Des collectivités locales ont développé des applications de covoiturage « en temps réel » et « très localisées », nous pourrions nous en inspirer pour créer une application sur l’axe Salon-de-Provence-Port-Saint-Louis-du-Rhône
La référence que j’ai en tête est l’application « on covoit’ au coer de Savoie«
Avancer sur le vélo
Notre association ne peut oublier ce point. Il n’est pas à l’échelle de tout le problème (les voitures qui trainent actuellement dans les bouchons de l’axe Salon-Fos parcourent sans doute beaucoup plus de 5 km, ce qui est souvent la limite pour le vélo.
Mais nous souhaitons aussi rappeler deux points :
- le trajet Port-Saint-Louis-du-Rhône-Martigues est actuellement effectué à vélo toute l’année par de nombreux cyclotouristes (qui roulent le long de la côte méditerranéenne) dans des conditions déplorables et ce serait bien de faire quelque chose pour eux ! Ça fait partie de la véloroute V65 (Les Saintes-Maris-de-la-Mer – Nice) qui fait partie depuis longtemps du Plan National des Véloroutes
- le vélo comme moyen d’aller au travail doit se concevoir comme un moyen partiel, dans le cadre de la multimodularité
Notre proposition alternative
Elle se résume en une image avec
- développement de aires de covoiturage sur les ronds-points et principaux carrefours de la liaison principale Salon-Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec arrêt de bus et parking sécurisé vélo
- développement du covoiturage (application) et/ou du car (nouvelle ligne) sur cette liaison principale
- développement du vélo (piste), du bus (nouveaux arrêts) depuis les zones d’habitation vers les aires de covoiturage qui sont aussi des hubs de multimodularité
Dans le détail (cette fois depuis le nord vers le sud) :
- créer une aire de covoiturage (A) avec hub de bus/car au rond-point nord de Miramas (au niveau de CLESUD)
- créer des pistes cyclables et/ou des lignes de bus depuis les centres de Salon-de-Provence et de Miramas vers ce hub
- créer une aire de covoiturage (B) avec hub de bus/car au rond-point sud de Miramas (le nouveau R-P au sud de la station service)
- créer une piste cyclable et/ou une ligne de bus depuis le centre de Miramas vers ce hub
- créer une aire de covoiturage (C) avec hub de bus/car au rond-point nord d’Istres (le R-P des Bellons/Bayane)
- créer une piste cyclable et/ou une ligne de bus depuis le centre d’Istres vers ce hub
- créer une aire de covoiturage (D) avec hub de bus/car au rond-point sud d’Istres (le R-P Dassault)
- créer une piste cyclable et/ou une ligne de bus depuis le centre d’Istres vers ce hub
- créer une aire de covoiturage (E) avec hub de bus/car au rond-point sud de Fos-sur-mer (le R-P SPSE)
- créer une piste cyclable et:ou une ligne de bus depuis le centre de Fos-sur-Mer vers ce hub
- créer une aire de covoiturage (F) au rond-point de la Feuillane
- créer une aire de covoiturage (G) au rond-point du château d’eau au bout de la darse n°2
- créer une piste cyclable et/ou une ligne de bus depuis le centre de Port-Saint-Louis-du-Rhône vers ce hub
Annexe : Le tracé imaginé par la DREAL : des bouts neufs (à péage) au nord et au sud, et une partie centrale gratuite
Les débats sont encore vifs sur l’utilité ou le tracé, mais pour la DREAL (le maître d’ouvrage) ce dernier semble clair. Du sud au nord, on peut le décrire comme suit
- à partir de la N568 (Fos-Arles) création d’une nouvelle 2×2 voies le long du Ventillon, et qui rejoindrait l’actuelle N569 (la Transhumance) à peu prés au niveau de l’aire des gens du voyage d’Istres. Cette portion serait payante avec comme alternative non payante l’actuelle route ;
- ensuite et jusqu’à Miramas-sud, l’actuelle N569 serait doublée pour passer en 2×2 voies avec remplacement des ronds-points (Dassault et Bellon) par des échangeurs. Cette portion resterait gratuite ;
- ensuite le contournement de Miramas, avec prolongement en 2×2 voies jusqu’à l’autoroute A54 (portion à créer le long de l’actuelle route d’Eyguières, la D569) serait de nouveau payant. L’alternative gratuite serait de passer dans Miramas et l’actuelle route d’Eyguières.


Merci pour ce document, je vais regarder dans le détail en fin de semaine. Actuellement en vacances. Cordialement Bernard Vignal Envoyé depuis mon appareil Galaxy