Le projet de BHNS d’Istres

La première réunion de la commission Mobilité et Route de la ville d’Istres a eu lieu il y a quelques jours (le 8 octobre) et les grandes lignes ont été posées. Un vieux projet, que j’avais personnellement largement oublié, a refait surface : le Bus à Haut Niveau de Service (BHNS). La prochaine réunion de cette commission, prévue le 5 novembre, aura d’ailleurs le projet de ligne de BHNS d’Istres comme principal sujet d’ordre du jour.

Pour préparer cette réunion,

afin de permettre à notre représentant à la commission Mobilité et Route de parler en meilleure connaissance de cause, et à tous nos lecteurs de se manifester à ce sujet via les commentaires.

Le concept de BHNS

Un Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) est un système de transport en commun routier conçu pour offrir une régularité, une rapidité et un confort comparables à ceux d’un tramway, mais pour un coût sensiblement inférieur. Les caractéristiques principales en sont :

  • Coût : Construire un kilomètre de BHNS coûte en moyenne entre 5 et 8 millions d’euros, contre environ 20 millions d’euros pour un tramway classique.
  • Voies réservées : Une grande partie du tracé se fait en site propre (couloirs dédiés) pour éviter les embouteillages.
  • Priorité aux feux : Les BHNS sont prioritaires aux intersections pour ne pas perdre de temps.
  • Fréquence élevée : Les passages sont fréquents, généralement toutes les 5 à 10 minutes en heure de pointe et moins de 15 minutes en heure creuse.
  • Accessibilité et confort : Les véhicules sont souvent de grande capacité (articulés ou bi-articulés, parfois électriques) et les stations permettent un accès de plain-pied pour les personnes à mobilité réduite.

Le (vieux) projet de ligne de BHNS à Istres

C’est vers 2017 que j’ai entendu pour la première fois parler d’une ligne de BHNS à Istres. C’était au sein de la commission vélo de la ville (celle qui a existé entre 2014 et 2020). Ce projet n’est donc pas récent et une des questions qu’on peut se poser est pourquoi le projet n’a pas avancé en presque dix ans… Il a moins avancé que les deux autres projets de BHNS de notre territoire :

Le projet de BHNS d’Istres fait néanmoins partie de l’agenda de la mobilité porté par la métropole AMP dans notre territoire. On peut imaginer qu’il a pris du retard car entre autres il traverse la Transhumance ( la RN 569) au niveau de l’actuel rond-point des Bellons, qui devait être transformé par les travaux liés au doublement de la liaison routière Salon-Fos.

  • Ligne concernée : Ligne 6 du réseau Ulysse (voir tracé ci-dessous).
  • Tracé et distance : Une ligne d’environ 10 km dont 2 km en site propre (voie réservée voir projet CITEC ci-dessous).
  • Fréquence : Un passage prévu toutes les 10 minutes en heures de pointe et toutes les 20 minutes en heures creuses (ce qui en ferait un BHNS de bas niveau…).
  • Temps de parcours : Estimé à 27 minutes pour l’ensemble du tracé (au lieu de 33 minutes actuellement).
  • Budget : Environ 18 millions d’euros.
  • Échéance : Mise en service prévue à l’horizon fin 2028.
La ligne n°6 du réseau Ulysse actuel
Un projet tiré du site de CITEC, bureau d’étude suisse à qui la métropole AMP semble avoir confié l’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO)

La ligne 6 (sous sa forme actuelle) dessert (du sud au nord) :

  • le quartier de Rassuen
  • le centre commercial des Cognets (avec l’actuel hypermarché Auchan)
  • le quartier du Prépaou
  • le quartier de la Prédina
  • le CEC (avec la médiathèque et un stade et… notre atelier de réparation de vélos)
  • le pôle d’échange multimodal (le hub de bus…) du Palio et le centre ancien
  • le collège Coutarel et la piscine
  • une seconde fois le centre ancien (et la mairie d’un peu loin)
  • la gare
  • le centre commercial du bord de Crau (avec l’actuel hypermarché E.Leclerc)
  • La zone commerciale du tubé nord (Décathlon – Weldom)
  • la base aérienne (R-P Charles Monnier)

Est-ce le bon investissement ? et le bon fonctionnement ?

Je ne possède pas, à l’heure où j’écris cet article, le détail des études faites pour la transformation de cette ligne en BHNS. Mais 18 millions d’euros c’est beaucoup d’argent. Un citoyen doit se demander si cet argent sera bien dépensé, ou s’il ne serait pas plus utile ailleurs.

Plusieurs points font craindre que le temps gagné sera effectivement faible (6 minutes pour passer de 33 à 27) et même pas garanti :

  • le trajet actuel passe par des rues assez encombrées et peu larges. Le BHNS risque d’être pris dans un trafic parfois très chargé, comme l’est le bus actuel. Je pense notamment à l’avenue Guynemer (qui va vers le centre commercial des bords de Crau).
  • Istres s’est fait une spécialité de transformer ses carrefours « à feux » en ronds-points. Le BHNS n’y sera pas prioritaire. Je pense au rond-point pour traverser les avenues R. Filippi et F. Gouin (au sud), ou pour rattraper les avenues des Anciens Combattants, de Radolfzell, A. Chave ou de nouveau F. Gouin. Le pire sera celui des Bellons, tant qu’il n’est pas modifié.

La Métropole semble avoir budgétisé la somme indiquée plus haut (18 millions !) même si nos sources ne sont pas très sûres (l’IA…) et il est tentant pour une ville de ne pas laisser filer une telle somme, car même si le projet est jugé non pertinent, cet argent ne pourra pas être dépensé par Istres pour un autre projet. Un citoyen, néanmoins, et donc la commission Mobilité et Route dans un mois, devra se positionner sur cette pertinence de fonds, en même temps que les études de détail que je ne connais pas.

Personnellement, j’aimerais que notre ville, en coordination ou même avant les autres, se positionne pour le développement du covoiturage en ligne dans tout le triangle Port-Saint-Louis-du-Rhône – Martigues – Miramas. Ce point n’a pas grand chose à voir avec le BHNS d’Istres, car il concerne davantage les liaisons avec les villes voisines… sauf que pour lancer un covoiturage en ligne (qui ne marche bien qu’au bout d’un certain temps, quand beaucoup de gens s’y sont inscrits) il faudra prévoir un peu de budget (très réduit pour l’infrastructure, mais sans doute un peu plus conséquent pour rémunérer les conducteurs) et que l’argent se fait rare. Or ça concerne dans les deux cas la mobilité dans la métropole et donc un peu le même budget quand même.

Conclusion

L’idée d’un BHNS sur Istres est séduisante, et l’exemple de Miramas prouve (à notre connaissance et selon nos premiers retours) que ça peut être une réussite. Dans le cas d’Istres, le choix d’adapter la ligne 6 du réseau Ulysse, est assez surprenant et on peut douter du gain de temps annoncé, même s’il est faible (6 minutes sur 33) et du respect des horaires. Tout résidera dans les études de détail que la Commission Mobilité et Route devrait découvrir le 5 novembre prochain.

Si des employés de la métropole sont présents (et il serait logique qu’il y en ait), LVDE trouverait souhaitable de placer à l’ordre du jour d’une prochaine réunion l’étude du développement des lignes de covoiturage dans notre secteur, car si la mobilité à Istres peut (et doit) être améliorée dans le sens du vélo et des transports en commun, il nous semble qu’il y a encore plus à gagner dans la mobilité avec les villes voisines. Et ça concerne la métropole, et notamment son service mobilité, au premier chef…

Et comme les budgets, métropolitain ou municipaux, sont désormais très contraints, la première question à se poser le 5 novembre sera si le projet de BHNS d’Istres, avec les éventuels aménagements cyclables associés, vaut le budget prévu, surtout si on parle de 18 millions d’euros, pour ne gagner que 6 ou 7 minutes.

Et, outre l’investissement de départ (qui inclut l’achat de nouveaux bus ?), prévoir un départ tous les 10 minutes augmente sans doute le nombre de bus et de chauffeurs… et les dépenses de fonctionnement. Tout cela doit être mis en rapport avec d’autres alternatives, le vélo par exemple.

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